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Dans un vieux caddie à la peinture écaillée et aux roulettes usées, trône un petit tonneau de fer, vert. A l'intérieur, des charbons ardents grésillent lentement sous une petite grille en inox, carbonisée. Six épis de maïs reposent tranquillement au dessus de la douce chaleur, mi dorés, mi grillés. A gauche du petit tonneau vert, une colline d'épis encore enrobés de leur tenue végétale, gît, intacte. Ils attendent de passer sur la grille, patiemment.

 

Il est là, derrière son caddie, quasi immobile. Grand, svelte, très svelte, il ne semble pas sentir le vent glacé qui souffle à l'embouchure du métro. Sa tenue est à l'image de son caddie, élimée et usée. Fatiguée. Ses baskets ne sont plus étanches ni blanches, depuis longtemps. Tout comme son tee shirt. Peu lui importe. Lui, il tourne et retourne les maïs sur la grille, ses longs doigts fins indifférents à la chaleur dégagée par les charbons rougeoyants. Il les tourne mais ne les regarde pas.

 

Son regard inquiet est rivé ailleurs. On sent une certaine droiture dans ses gestes, celle d'une proie qui a senti un prédateur. Si on se concentre assez, on devine que sous le tee shirt, ses abdominaux sont tendus. Il est braqué, et ses doigts qui tournent les maïs font ce geste si souvent répété, automatiquement. Son esprit tourne à mille à l'heure, penché sur d'autres considérations. Sur les trois uniformes bleus, à l'autre bout de la rue. 

 

Vendeur à la sauvette, tes maïs grillés à la senteur si divine, ont un goût étrangement amer. Celui de la tristesse d'une vie passée sur le qui vive. 

 

 

Mais
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