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ça commence comme chez Piaf.

 

Il est effectivement debout derrière le comptoir, et il s'occupe de sécher une cargaison de verres propres encore fumants de vapeur. Son regard est rivé à la porte d'entrée, et pendant qu'il fait la conversation au client du café serré, il salue d'un hochement de tête et d'un sourire chaque nouvel arrivant. Il est 6h du matin. Il est sur son 31, et déjà plein d'énergie.

 

Il s'envole dans la salle, parcourt rapidement les tables. Blague avec son régulier, accueille personnellement son nouveau. Il surveille le bien-être de ses clients et les stocks des livraisons de Rungis, simultanément. Il sait d'un regard envoyer l'un de ses serveurs débarrasser une table. Il a le sourire aux lèvres, mais la tête au service irréprochable.

 

Midi, la tension monte. Le bistrôt est bondé. Il se transforme en chef d'orchestre. Il doit tout suivre, la salle, les cuisines, le service, les clients, et la caisse. Pourtant, il a un mot pour chacun. Il est né pour ce  boulot, c'est dans son sang, dans ses veines. Il ne compte pas l'énergie déployée et le chemin parcouru depuis ses 18ans.

 

Salle comble. Il semble se téléporter d'un bout à l'autre de sa brasserie en clignant des yeux. Le brouhaha des conversations et les cliquetis des couverts sont l'unique fond sonore de ses journées. Ses longues journées. Ses journées de 20h d'affilées. Les 35 h par semaine, lui, il les fait en 1 jour et demi de travail.

 

Il est minuit. Dehors le temps d'une demie cigarette, il regarde le panneau qu'il a installé la semaine dernière : Changement de direction. Il a 28 ans, et Paris à sa table. Respect. 

 

 

Table