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Hier soir. Mercredi soir. 

L'Espagne vient de gagner son ticket en finale. 
Aux pieds de la Tour Eiffel, il y n'a que foule et drapeaux sang et or. L'agitation humide d'un soir d'été, balayée par les faisceaux lumineux des bateaux mouches. Mon taxi est une bulle climatisée insonorisée. Je vois la foule mais je ne l'entends pas. Je vois les sourires, je vois les cris de joie, je vois les couples s'embrasser, les groupes d'amis déambuler gaiement. Mais aucun son ne passe la barrière des vitres. 
Sauf un. 
Une sirène d'ambulance qui se rapproche de mon taxi par l'arrière. Les voitures prises dans cet embouteillage espagnol bifurquent pour faire place à la sirène. Mais ce n'est pas la sirène d'une ambulance. Quand la voiture arrive à ma hauteur, je lis sur la porte : ORGANES – TRANSPLANTATION. En lettres rouge sang. En sirène stridente. En total décalage avec les images de liesse des supporters espagnols. 
Instantanément j'oublie. 
J'oublie la foule, j'oublie les drapeaux, j'oublie l'Afrique du Sud, j'oublie Zamina mina hé hé. Et je pense aux deux familles reliées par cette sirène qui se déplace d'un point A, la mort, à un point B, la vie. 
Derrière, une famille inconsolable, devant, une famille remplie d'un espoir nouveau. Et cette sirène qui crie laissez moi passer, je porte la vie d'un être à un autre. Dans cet écrin automobile, un coeur, un rein, un foie, … une vie qui se dépêche de passer sous la Tour Eiffel en fête. 
Hier soir, j'ai croisé l'espoir sur ma route. Dans un taxi. En pleine coupe du monde. 
Moi aussi, j'ai ma carte de don d'organe. Un soir de Coupe du Monde peut être qu'un bout de moi  sera dans un écrin, dans une ambulance, sous une sirène, porteur d'espoir.