5h55, pile poil, le réveil vivant miniature retenti tous les matins, 7 jours sur 7 ponctualité et régularité oblige. C'est le signe que tout va bien dans la maisonnée endormie, quand retenti vers l'aube le "mamaaaaaa" du petit dernier.

 

Je bondis hors du lit et m'occupe de moi dare-dare pendant que les premiers gazoullis l'occupent musicalement dans le fond de son lit à barreaux. Douche-habits-crème-maquillage-chaussures tout est minutieusement chronométré si je veux être libre de mes mouvements, sans petit oiseau perché sur mon mollet droit. Ou gauche. 

 

Je suis un chef d'orchestre dans la phase finale du morceau, celle ou tous les instruments retentissent avant de laisser place aux douces notes de clôture : le parfum. 6h30. Prête. Juste à temps, au moment même où les gazouillis se transforment en sirène du premier mercredi du mois. Menaçant de réveiller prématurément les 2 autres oiseaux de la chambre. Ouf. 

 

Telle un chat, j'ouvre délicatement la porte qui grince habituellement, le coup de main est parfait. Lui aussi, longuement pratiqué. Je happe l'oisillon au gosier grand ouvert, qui en me voyant me réclame "boire, boire, boire". Oui oui, je sais bébé. Boire.

 

6h45. Nous descendons tous les deux dans la cuisine endormie. Et là, inspection rapide des lieux pour inventorier les derniers méfaits nocturnes des deux félins : au choix dans la panoplie, vomis de fils de scoubidous rose fluos, saccage de poubelle non sortie la veille, éclatage de bouteilles de lait uht non enfermées à clés à coups de griffes lacérées, dévorage de cake leader price non mis à l'abri dans le four, pipi sur le canapé oublié en position horizontale ? Au choix. Tout dépend du vérrouillage de la veille. Tout se paye. 

 

Avant d'entreprendre tout nettoyage éventuel, l'oisillon est attaché dans sa chaise haute, le biberon au bec, et lui, fier comme un pape d'engloutir tout seul son lait au chocolat et céréales. Le silence est d'or. Mais il est déjà 7h. L'heure d'aller réveiller les 4 autres enfants. L'oisillon en poste sur la hanche gauche, je monte vers les chambres.

 

En premier, le numéro 9 ans. Il joue forcément à la DS dans son lit, dans le noir, sous la couverture. Il fait semblant d'être réveillé. Je joue le jeu. Ca m'attendrit. En deuxième, la numéro 8 ans. Elle dort profondément, mais se réveille toujours avec un "je t'aime maman". Et son bras dans le plâtre. Mon coeur fond. 

 

Puis j'entre chez les colocs de l'oisillon, le "bonjour les princesses" est de rigueur pour les deux belles endormies sous les couettes roses. La numéro 6 ans est la plus dure à réveiller, et son jeu préféré, c'est aussi de continuer à faire semblant de dormir, alors que je sais qu'elle est réveillée. La numéro 5 ans saute, elle, hors de son lit, le long de l'échelle, et mon coeur s'accroche le long des barreaux lui aussi, jusqu'à ce que son pied soit fermement ancré sur le plancher des vaches.  

 

A partir de ce moment, tout s'enchaine à grande vitesse, le chef d'orchestre relève les manches pour assurer la fluidité du déroulement de l'habillage. Le garçon est toujours prêt en premier, de toutes les façons, il pioche ses habits au hasard. Les filles, c'est forcément plus dur. ça négocie sec. Et tu me prêtes ci, et je te donne ça, et ci ça va mieux avec ça, et ça c'est pas joli, et ça c'est mieux comme ça. L'ingérence maternelle est souvent impérative pour éviter que ça ne parte en vrille comme avec les deux demi-soeurs pimbêches de Cendrillon.

 

7h30. Tout le monde est prêt, on descend l'escalier vers la cuisine en chantant "à la file indienne" de Peter Pan. Le bébé s'agite sur ma hanche gauche en rythme. Il est tout excité. 

 

4 laits au chocolat + 16 biscottes beurre/confiture de fraise/ nutella + 4 goûters tartine beurre cacao en poudre plus tard. Tout le monde est rassasié. En attendant, il a bien fallu occuper l'oisillon à découvrir la vie et la confiture de fraise. Débarbouillage en règle après avoir tartiné 24 surfaces céréalières au total. Pas même le temps pour moi de gober un nescafé. Tant pis. 

 

7h50. L'heure de réviser les dernières poésies avant l'école. Mon oeil gauche est rivé sur la poésie, et mon oeil droit sur mes cheveux en train de griller sous la chaleur des plaques, car en même temps, un coup de plaque sur mes cheveux avec la main droite, et surveillage du bébé avec la main gauche. Il me reste une oreille libre. Grâce à laquelle j'entend la nounou qui toque. Ouf.

 

8h00. Je passe les rennes à la nounou qui part pour l'école et s'occupera de l'oisillon. 

 

Je file au travail.

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