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Je revois le quai bondé et en délire

Suffoquant sous la chaleur et sous la rage

Et j'entends dans la rame les cris, les soupirs
Qui éclatent et rebondissent autour de moi

Et perdue parmi ces gens qui me bousculent

Étourdie, désemparée, je reste là

Quand soudain, je me retourne, et la cloche sonne,

Et la foule vient me jeter dans cette rame…

Emportés par la rame qui nous traîne

Nous entraîne
Écrasés l'un contre l'autre

Nous ne formons qu'un seul corps

Et le flot sans effort

Nous pousse, enchaînés l'un à l'autre

Et nous laisse tous
Ébétés, énervés et étouffés.

Entraînés par la rame qui tangue

Et qui fonce
A Une folle vitesse
Nos membres restent soudés

Et parfois soulevés

Nos corps enlacés s'envolent

Et retombent tous 

Ébétés, énervés et étouffés.

Et la face éclaboussée par les postillons
Je tente de me retourner en vain
Mais soudain je pousse un cri parmi la foule
Quand la rame freine brusquement et me renverse…

Emportée par la foule qui me traîne

et m'entraine

Je sors à la mauvaise sortie
Je lutte et je me débats

Mais le son de ma voix

S'étouffe dans les corps des autres

Et je crie de douleur, de fureur et de rage

Et je pleure…

Entraînée par la foule qui s'élance

Sur le quai
Je ne vois rien
Je suis emportée au loin

Et je crispe mes poings, maudissant la foule qui me traine
Loin de la rame qu'elle m'avait donné

Et que je n'ai jamais retrouvée…

Merci Piaf pour La Foule.